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Doubler d'ici 2030 la puissance nucléaire installée pour produire de l'électricité est non seulement impossible mais n'aurait pas d'influence sur les émissions de CO2 et de gaz à effet de serre (GES). L'électricité nucléaire représente seulement 2,1% de l'énergie primaire mondiale et 3,0% de l'énergie finale consommée dans le monde.
Pourtant habituées aux prévisions hasardeuses, ni l'Agence internationale de l'énergie atomique (IAEA/AIEA) ni l'Agence internationale de l'énergie (IEA/AIE) n'imaginent de doubler cette puissance de l'énergie nucléaire à cette date.
Comparée à une puissance de 369,7 GWe (gigawatts électriques) en 2006, la puissance installée en 2030 serait de 447 GWe (+ 21%) ou 691 GWe (+ 87%) pour l'AIEA, selon le scénario et seulement de 416 Gwe (+ 12%) ou 519 Gwe (+ 40%) pour l'AIE, dans leurs prévisions les plus récentes.
Augmenter de 40% (AIE) ou de 87% (AIEA) la puissance de l'énergie nucléaire, soit l'équivalent de 149 ou 321 réacteurs moyens de 1.000 MWe, aurait peu d'influence sur les émissions de CO2 et encore moins sur celles de l'ensemble des gaz à effet de serre.
Si toute cette puissance servait à remplacer des centrales électriques à charbon, la quantité de CO2 évitée serait de 1.008 Mt ou 2.172 Mt de CO2 selon le cas, soit 3,7% ou 8,0% du CO2 émis par les combustibles fossiles et eux seuls (27.055 Mt CO2 en 2005). Cette proportion serait de 2,1% ou 4,5% pour la totalité des gaz à effet de serre (équivalent à 47.800 Mt CO2 en 2005) puisque le gaz carbonique (CO2, dioxyde de carbone) n'est pas le seul de ces gaz.
Pendant ce temps, si l'on suit les estimations de l'Agence internationale de l'énergie, la quantité de CO2 émise par les combustibles fossiles passerait à 40.000 Mt CO2 ou seulement 34.000 Mt dans une estimation alternative, soit une augmentation de 47% ou de 25% du CO2 émis par les combustibles fossiles.
Mais le plus important à noter est l'impossibilité d'augmenter dans de telles proportions la puissance de l'énergie nucléaire dans le monde.
D'abord, une bonne partie du parc nucléaire actuel aura atteint la limite d'âge en 2030, ce qui correspond à une puissance d'environ 280 GWe à remplacer.
La puissance en réacteurs nucléaires à construire serait donc de 429 ou 601 GWe (au lieu de 149 ou 321). La construction d'un réacteur durant au moins cinq ans, il faudrait que celle-ci soit commencée avant 2025, ce qui implique de commencer chaque année la construction de 24 ou 33 réacteurs de 1.000 MWe (moyenne pour 18 ans).
Cependant, l'industrie nucléaire n'a pas cette capacité de construction puisqu'en quatre ans, de 2004 à 2007, seule la construction de 14 réacteurs a été commencée, pour une puissance totale de 12.686 MWe (y compris l'EPR de 1.600 MWe à Flamanville), soit l'équivalent de trois réacteurs de 1.000 MWe chaque année.
Le personnel pour faire fonctionner ces réacteurs manque aussi, puisque très peu d'ingénieurs et de techniciens sont formés chaque année dans le monde en comparaison de ceux qui partent en retraite.
Enfin, l'uranium ne sera pas disponible en quantité suffisante pour alimenter ces réacteurs en combustible nucléaire. En 2005, 67.000 tonnes d'uranium (naturel) ont été consommées pour une puissance installée de 370 GWe, soit 181 tonnes par GWe. Les besoins en uranium seraient de 93.940 tonnes pour 519 GWe (AIE) et de 125.070 tonnes pour 691 GWe (AIEA).
Cependant, la production minière est seulement de 42.000 tonnes d'uranium (2005), le complément provenant de sources secondaires constituées de stocks civils et militaires pour l'essentiel, stocks qui auront disparu en 2015. La mise en production d'une mine d'uranium prend une dizaine d'années et toutes les réalisations en cours ou en projet sont connues (créations et extensions). Nous savons déjà que la production minière ne pourra pas satisfaire la demande actuelle d'uranium en 2015 et encore moins celle de 2030 dans le cas des augmentations de puissance envisagées.
Une meilleure utilisation de l'uranium naturel, en réduisant le taux d'uranium 235 (235U) dans les déchets (tails) de l'enrichissement n'est guère possible non plus. En effet, cela demanderait l'utilisation d'un nombre beaucoup plus important d'Unités de Travail de Séparation (UTS ou SWU : Separative Work Unit) et la capacité des usines actuelles ou en cours de construction ne le permet pas.
Bien entendu, les réacteurs de quatrième génération ne sont pas concernés. En dehors d'éventuels prototypes, leur construction ne commencerait pas avant 2040 et reste encore hypothétique dans une large mesure.
Remplacer tous les réacteurs nucléaires actuels par des centrales électriques au gaz, dans les mêmes limites d'utilisation de la cogénération, augmenterait seulement de 1.086 Mt les émissions de CO2.
Cela représente 3,0% de tout le CO2 émis et 2,3% de l'ensemble des gaz à effet de serre anthropiques, soit sept fois moins que la déforestation.
La production mondiale d'électricité en 2005 a été de 1.567 Mtep, soit 18.235 TWh.
L'électricité nucléaire représente une énergie de 238 Mtep (2.772 TWh), soit 15,2% de la production mondiale d'électricité et 2,1% de l'énergie primaire mondiale. La valeur de 6,3% d'énergie nucléaire dans l'énergie primaire oublie de préciser que les deux tiers sont perdus en chaleur, sans aucune utilité, dans les réacteurs nucléaires.
Energie primaire mondiale en 2005 Electricité mondiale en 2005
| % | Mtep | TWh | % | Mtep | TWh | |||
| Charbon | 25,3 | 2 893 | 33 646 | Charbon | 40,3 | 632 | 7 349 | |
| Pétrole | 35,0 | 4 002 | 46 546 | Pétrole | 6,6 | 103 | 1 203 | |
| Gaz naturel | 20,7 | 2 367 | 27 529 | Gaz naturel | 19,7 | 309 | 3 592 | |
| Nucléaire | 6,3 | 720 | 8 378 | Nucléaire | 15,2 | 238 | 2 772 | |
| Hydraulique | 2,2 | 252 | 2 926 | Hydraulique | 16,0 | 251 | 2 918 | |
| Autres | 10,5 | 1 201 | 13 964 | Autres | 2,2 | 34 | 401 | |
| Total | 100,0 | 11 435 | 132 989 | Total | 100,0 | 1 567 | 18 235 |
Comme pour l'hydraulique, l'énergie nucléaire ne sert qu'à la production électrique. Alors que toute l'énergie primaire hydraulique se retrouve dans l'électricité (2.918 TWh), les 8.378 TWh d'énergie nucléaire ne produisent que 2.772 TWh d'électricité, soit 33 %. Le reste est tout simplement perdu en chaleur, dissipée dans l'atmosphère ou dans la pollution thermique des fleuves.
Le rendement énergétique des centrales classiques (charbon, pétrole, gaz) étant plus élevé, la chaleur perdue par celles-ci est moins importante. Encore mieux, cette perte est très faible dans les centrales à cogénération, dans lesquelles la chaleur est utilisée pour le chauffage urbain ou pour un usage industriel.
Consommation finale d'énergie en 2005
| % | Mtep | TWh | |
| Charbon | 8,3 | 660 | 7 676 |
| Pétrole | 43,4 | 3 432 | 39 914 |
| Gaz naturel | 15,6 | 1 233 | 14 340 |
| Electricité | 16,3 | 1 292 | 15 026 |
| Autres | 16,4 | 1 295 | 15 061 |
| Total | 100,0 | 7 912 | 92 017 |
| En Mtep | Total combustible | Electricité seule | Electricité dans CHP | Total électricité | Proportion électricité |
| Charbon | 2 892 | 1 688 | 58 | 1746 | 60,4 % |
| Pétrole | 4 002 | 254 | 10 | 264 | 6,6 % |
| Gaz naturel | 2 362 | 525 | 97 | 622 | 26,3 % |
| Total | 9 256 | 2467 | 165 | 2632 | 32,3 % |
| Millions de tonnes (Mt) | % chaque combustible | CO2 dû aux combustibles | dont électricité | électricité / combustibles |
| Charbon | 40,6 | 10 990 Mt | 6 638 Mt | 60,4 % |
| Pétrole | 39,6 | 10 719 Mt | 707 Mt | 6,6 % |
| Gaz naturel | 19,8 | 5 346 Mt | 1 406 Mt | 26,3 % |
| Total | 100,0 | 27 055 Mt | 8 751 Mt |
| Millions de tonnes (Mt) | quantité de CO2 | % des combustibles | % de tout le CO2 | % de tous les GES |
| Charbon | 6 638 Mt | 24,5 % | 18,1 % | 13,9 % |
| Pétrole | 707 Mt | 2,6 % | 1,9 % | 1,5 % |
| Gaz naturel | 1 406 Mt | 5,2 % | 3,8 % | 2,9 % |
| Total | 8 751 Mt | 32,3 % | 23,8 % | 18,3 % |
| 27 055 Mt | 36 660 Mt | 47 800 Mt | ||
| combustibles | CO2 | GES |
| Energie produite | Rendement énergétique | Energie consommée | MtCO2 par Mtep | CO2 produit par TWh(e) | |
| Charbon | 85 980 | 632/1746 | 237 530 | 3,800 | 902 610 t |
| Pétrole | 85 980 | 103/264 | 220 380 | 2,678 | 590 180 t |
| Gaz naturel | 85 980 | 309/622 | 173 070 | 2,263 | 391 660 t |
Une faible partie des combustibles fossiles est utilisée pour la production d'électricité, l'essentiel l'étant comme carburant (pétrole). L'augmentation du CO2 dans l'atmosphère n'est pas seulement due aux combustibles fossiles, mais aussi à la déforestation de façon directe (rejets) et indirecte (moins d'absorption). Enfin, le CO2 n'est pas le seul gaz à effet de serre (GES ou GHG : greenhouse gas).
Nature et origine des gaz à effet de serre anthropiques (dus à l'activité humaine)
| % | Origine anthropique en 2004 (GIEC) |
| 56,6 % | CO2 issu des combustibles fossiles |
| 17,3 % | CO2 déforestation et résidus biomasse |
| 2,8 % | CO2 autres origines |
| 14,4 % | CH4 : méthane (en équivalent CO2) |
| 7,8 % | N2O : protoxyde d'azote ( idem ) |
| 1,1% | Gaz fluorés ( idem ) |
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